Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/191

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Tous deux -est-ce à Tibur? est-ce à Ville-d'Avray?
Nous errions, et sa voix me disait: -L'amour vrai
Craint le rapprochement vertigineux des bouches.
Respecte mes peurs. L'âme a des bonheurs farouches;
 
Elle veut voir s'ouvrir l'éden, et refuser.
C'est assez d'un soupir et c'est trop d'un baiser.
La pudeur, c'est de l'ombre, et l'amour s'en augmente.
Ce que perd la maîtresse est gagné par l'amante;
Oublions cette chair que tu nommes beauté.
L'amour devient le ciel sitôt le corps ôté.
Tu m'aimes, je t'adore. Eh bien! soyons fidèles,
Purs, et contentons-nous d'un frémissement d'ailes.
Mon coeur en plein mystère et ma vie en plein jour,
Je fais ce chaste rêve. Oh! laisse mon amour
Se dresser dans mon âme avec un front d'étoile!
Il faut au coeur un songe, il faut au temple un voile.
Respecte-moi. Soyons des parfums, des rayons!
Dans ce frais mois de mai qu'est-ce que nous voyons?
La promiscuité des âmes et des roses.
Anges, nous nous mêlons à ces apothéoses.
Une honte sacrée est un divin flambeau.
Je t'aime. Un coeur sauvage et tendre est aussi beau
Qu'un ciel sombre éclairé de lueurs boréales.

Pendant qu'elle disait ces choses idéales,
Dans le plus ténébreux du bois je regardais,
Sous un chêne étendant son ombre comme un dais,