Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/196

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Puis je fus planté là pour un prince valaque.
Je fis la connaissance après d'un chef de claque
Qui me fit pénétrer dans les arts, et j'obtins
Par lui d'être admis presque au rang des cabotins,
Et l'honneur d'approcher parfois les cabotines
En qualité d'esclave adorant leurs bottines;
Une, Lise, accepta mon coeur sous ses talons;
Le temps qu'un perroquet grimpe trois échelons,
Je fus vainqueur, je fus heureux, et je fus bête;
Trois progrès. Mais, hélas! la fémme est la tempête.
Lise en colère un jour chassa tous ses laquais;

(Dont moi.)

Comme un roman déchiré sur les quais,
J'avais déjà perdu plus d'un de mes chapitres;
J'étais sorti des grecs, j'étais sorti des pitres,
Mes amantes n'étaient qu'un vague souvenir;
Tout à coup je sentis en moi tout rajeunir
Comme si le soleil empourprait ma fenêtre,
Et mes illusions les plus roses renaître
En voyant une fille au confessionnal;
Le gamin Cupidon dans mon vieux coeur banal
Fit sa rentrée avec trompettes et fanfares.
Ah! quand donc mettra-t-on sur la femme des phares!
Dans l'église où du mal meurt la contagion,
Chez les prêtres; au coin de la religion,
Entre deux saints de pierre, un apôtre, un prophète,
Apercevant dans l'ombre une fille parfaite,
Je fis cette sottise énorme de l'aimer;
Elle m'incendia sans pourtant s'allumer;
J'eus l'âpre enivrement des flammes méprisées;
Elle me permettait d'errer sous ses croisées;
Rien de plus. Je perdis gaîté, raison, humour;
Je fus toute une année imbécile d'amour.
Ah! lorsqu'elle émiettait sa prière, autour d'elle,
Certes, comme un essaim d'oiseaux, à tire-d'aile,
Les chérubins venaient, et lui disaient: ma soeur!