Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/309

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II À DES RÉGIMENTS DÉCOURAGÉS



Ô nos pauvres soldats, oui, vous avez fléchi.
Avant que ce Paris sacré soit affranchi,
Avant que notre France auguste soit sauvée,
Avant que l'aigle ait mis à l'abri sa couvée,
Vous avez dit: A bas la guerre, citoyens!
Et nous, qui, sous la bombe et sous les biscayens,
Luttions comme vous, prêts aux plus terribles tâches,
Indignés, nous avons crié: Taisez-vous, lâches!

Eh bien, nous eûmes tort, vous êtes des vaillants.
Hélas! pour généraux avoir des chambellans,
Et pour chefs des valets et pour maîtres des cuistres,
C'est trop, et vous avez subi les jours sinistres.
Au-devant de l'affront vous fûtes envoyés;
Vous avez combattu pour être foudroyés;
Vous vîtes comment croule une gloire détruite,
Et vous avez appris le chemin de la fuite,
O douleur! vous les fils de ceux par qui tonna
Austerlitz, et par qui resplendit Iéna!
Ah! sombres coeurs brisés et qu'emplit l'amertume!
Espérez, ô vaincus! ce n'est pas la coutume
De la France d'avoir longtemps le front courbé.
Après Blenheim, après Rosbach, on est tombé,
Mais on s'est relevé par Ulm et par Arcole.
Subissez le malheur comme on subit l'école;
Couvez l'âpre courroux des coeurs humiliés.
Soit. Pour un instant, fils de France, vous pliez,