Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/311

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III DESTRUCTION DE LA COLONNE


ACCEPTATION DU TRAITE PRUSSIEN

Quand la géante fut tombée, on approcha.

Si quelque bey d'Égypte, un khédive, un pacha,
Renversait le pilastre impur de Cléopâtre,
Bon à faire un peu d'ombre à midi pour le pâtre,
On dirait Barbarié et l'on aurait raison.
Or ce trophée était sublime à l'horizon;
Il avait l'air d'un phare éclairant une rive
Les villes du prodige et du rêve, Ninive,
Memphis que fit Menès, Sarde où régna Cyrus,
Sarepta, qu'emplissaient tant d'hommes disparus,
Jéricho, Palenquè, Sofala, Babylone,
N'avaient rien de plus beau que cette âpre colonne;
Ce cippe triomphal qu'un siècle respecta,
Effaçait l'obélisque altier d'Eléphanta,
La borne de Byzance au fond de l'Hippodrome,
Et le pilier de Thèbe et le pilier de Rome.

Cette colonne était toute pleine de voix,
Étant forgée avec des canons pris aux rois;
On entendait le peuple en ce bronze, bruire;
 
Et nous n'avions pas, nous, le droit de la détruire,
Car nos pères l'avaient construite pour nos fils.
Elle représentait, bravant tous les défis,