Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/312

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La révolution de l'Europe, ébauchée
Par leur vertigineuse et vaste chevauchée,
Et l'esprit de Fleurus planant sur Austerlitz,
Et nos drapeaux ayant des rayons dans leurs plis.
En voyant sur la place auguste la spirale
De toute cette gloire énorme et sidérale,
Et ce noir tourbillon de fantômes, tordu,
Fixe et pétrifié sous le vent éperdu,
On songeait. Il semblait que la haute fumée
Sortie en tournoyant de cette fière armée,
N'avait pas, sous le ciel orageux ou serein,
Voulu se dissiper, et. s'était faite airain.

Semblable au moissonneur foulant des gerbes mûres,
Cette colonne avait pour socle un tas d'armures.
Elle offensait les rois et non les nations.
Afin qu'on pût juger les pas que nous faisions,
Elle fixait le point d'où nos pères partirent;
Elle indiquait le lieu d'où les flots se retirent,
Et rattachait. aux jours nouveaux les jours anciens;
Après les grands soldats place aux grands citoyens!
Elle était, dans Paris que le soleil inonde,
Comme un style au milieu de ce cadran du monde,
Et son ombre y: marquait les heures du progrès.

Les rois n'osaient venir la regarder de près.

Hier elle tomba, la grande solitaire.
On a pu mesurer, quand on l'a vue à terre,
Tout ce qu'on peut ôter d'orgueil en un instant
Au siècle le plus sombre et le plus éclatant.