Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/315

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


L'ÉCROULEMENT DE L'HOMME ==


Pour venger le passé, pour sauver l'avenir,
O peuple, j'ai senti que je devais punir
Un homme, et qu'il fallait châtier une tête;
 
Et moi, qui dans ma serre ai porté la tempête,
Quand la Justice au front redoutable et sacré
M'a dit: Foudroie, ami! j'ai dit Je le ferai.
Soit. Car ce ne sont pas les aigles, d'ordinaire,
Qui refusent de prendre en leur griffe un tonnerre.
Et j'ai lutté. Ce maître était là sous son dais;
Et je le combattais, et je le regardais;
Il avait tout pour lui, du Volga jusqu'au Tibre,
Tout, l'Allemagne esclave et l'Angleterre libre;
Je lui faisais la guerre à travers cette paix;
Et la foule, à ses pieds, tandis que je frappais,
S'étonnait que quelqu'un osât rester honnête;
L'ignominie était devenue une fête;
Moi, seul au bord des mers, banni, haï de tous,
D'autant plus indigné qu'il était plus absous,
O Guernesey, debout sur tes fières collines,
Je lui jetais d'en haut des feuilles sibyllines;
Les vents les lui portaient, ombre, nuage, affront;
Et lorsqu'elles passaient au-dessus de son front,
Il en sortait un vers ressemblant à la foudre.
Mais maintenant que l'homme infâme est dans la poudre,
Qu'il est à terre, affreux, gisant, et que je vois