Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/317

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VI L'ORGIE DES MEURTRES



Ah çà, je. mets les points sur les i. Soit. J'admets
La guerre, à la rigueur; l'assassinat, jamais.
Avouez qu'il serait étrange que j'aimasse
La tuerie en détail, moi qui l'exècre en masse,
Ou que, la réprouvant en détail, j'eusse un goût
Pour le sang, quand ses flots font déborder l'égout.
Oui, les cadavres sont voilés parles décombres;
Mais l'histoire plus tard saura des choses sombres.
Tu veux en vain couvrir, tablier du boucher,
La Saint-Barthélemy malaisée à cacher;
Les éponges dés gens agenouillés sont vaines
Pour laver le ravin sinistre des Cévennes,
Et toujours il en suinte, un long ruisseau de sang.

L'assassinat a beau prendre un air innocent,
Prouver ce qui n'est pas, nier ce qu'on démontre;
Expliquer ses raisons, dire son Pour et Contre;
Que, si l'on ne mettait personne hors la loi,
Veuillot serait sans tâche et Carrier sans emploi,
(Tâche, n'oubliez pas cet accent circonflexe,
Imprimeurs), qu'on ne peut tenir compte du sexe,
De l'âge, et cætera, car on est fort pressé,
Et la chaux vive est là qui bout dans le fossé,
Que c'est une besogne après tout peu commode,
Qu'il faut se défier du pathos à la mode,
Qu'on voudrait vous y voir, messieurs les mécontents,
Que désormais voilà de l'ordre pour longtemps,