Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/328

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Et quand on a commis tous ces crimes, on va
Remercier ce spectre idiot, Jéhovah!,
Puis on chante et l'on rit, sans voir que Cette fête
Où manque le vrai Dieu, déplaît au vrai prophète,
Et que le justicier, Juvénal, d'Aubigné,
Tacite, est là qui rêve et regarde indigné.
On enterre l'argent pillé, les deux provinces,.
Les morts; on a la joie effroyable des princes;
 
On se visite, on s'offre un régiment, on est
Plus souriant que n'est épineux le genêt;
On traîne aux bals charmants ses royales paresses,
Et l'on se fait de tigre à tigre des caresses.
. Quant au sang, laissez-le couler, c'est un torrent.
Et cependant, on a des sophistes, dorant
Ces gloires, ces traités haineux, cette infamie.
Une belle captive est une belle amie
Pourvu qu'elle comprenne et se calme; fermons
L'antre des vents soufflant sur les mers et les monts;
Que du drame sanglant sorte l'idylle agreste;
Paix! quand on a tout pris, on peut laisser le reste.
Bonheur! concorde! Plus de courroux! Plus d'effroi!
Et l'on dit à la France: Allons, apaise-toi,
C'est fini, France. -Eh quoi, de ma mémoire amère,
J'effacerais Strasbourg et Metz! dit cette mère
Ah! j'oublierais plutôt mes deux seins arrachés!

Non, nous n'oublierons pas! Rois, ce que vous cherchez,
Le butin, puis la paix dans la forêt déserte,
Ce que, vous attendez, vous ne l'aurez pas, certe;
Mais ce que vous aurez, vous ne l'attendez pas :
C'est le. gouffre. Avancez ,dans l'ombre pas à pas.
Allez, marchez. Toujours derrière la victoire
L'avenir, livre obscur, réserve pour l'histoire
.Un feuillet, noir ou blanc, qu'on nomme le revers.
Les naufrages profonds devant vous sont ouverts.
Allez, hommes de nuit. Ah! vous êtes superbes,
Vous régnez! ô faucheurs, vous pliez sous vos gerbes