Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/341

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XII Le lionceau songeait



il était tout petit,

Caché muet, pareil au chat qui se blottit,
Loin du soleil, dans l'ombre où les rayons s'émoussent.

Combien faut-il de temps pour que ses ongles poussent?
Il songeait.

Laissez-moi vous dire qùe les rois,
Lugubres, font le mal; foulent aux pieds les dràits,
Les vérités, l'honneur, la vertu, la justice -
Ils font venir le prêtre afin qu'on rebâtisse
L'enfer dans l'âme humaine où Dieu mit la raison;
Et leurs prospérités sont faites de façon
Que la gloire d'un peuple est la honte de l'autre;
Leur grandeur dans les tas d'immondices se vautre,
Leurs sceptres aux plaisirs obscènes sont mêlés,
La bauge aux pourceaux plaît à ces paons étoilés;
Hier, ils souffletaient lés nations meurtries;
Gais, ils jouaient aux dés les robes des patries;
A celui-ci le Nil, à celui-là le Rhin;
Quand.ils. ont sur leur front. mis leur cimier d'airain,
Rien ne peut modérer leurs fureurs, peu calmées
Par des chansons d'église et des. danses d'almées;
Ils ont on ne sait quel appétit monstrueux
D'être horribles; ils sont, les dragons tortueux,
Les hydres, les passants sinistres de l'histoire;
Ils ont pour-eux le deuil, l'échafaud, la victoire,
Tout ce qui rampe et tremble; et les rires hautains;
La famine du peuple assiste à leurs festins;