Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/347

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Pourquoi Garibaldi trouble-t-il la Sicile?
Votre progrès n'est rien que fatigue imbécile!
Quelle rage avez-vous de marcher en avant?
Trop de tumulte sort de l'homme trop vivant.
L'esprit humain; longtemps calme et sombre, s'agite;
Ne serait-il pas bon qu'on fît rentrer au gîte
Et qu'on remît sous clefs et qu'on paralysât
Ce monstre, secouant sa chaîne de forçat?
Quoi! la.mouche, autrefois loyale et résignée,
Manque au respect qu'on doit aux toiles d'araignée!
Elle tente d'y faire un trou pour s'échapper!
La plèbe ose exister, gouverner, usurper!
Quoi! la vérité sort! la raison l'accompagne!
Vite! Rejetons l'une au puits, et l'autre au bagne!
Pour quiconque ose aller, venir, briser l'écrou,
L'enfer est un cachot avec Dieu pour verrou.
Qu'on y rentre. O révolte affreuse! Quel désordre
Que tous ces ouragans lâchés, tâchant de mordre,
Se ruant sur l'autel, sur la loi, sur le roi!
Oh! quel déplacement tragique de l'effroi!
L'inexorable pleure et les terribles tremblent;
Les vautours effarés aux passereaux ressemblent.
Deuil! horreur! regarder surgir de tous côtés
Un tas de vérités et de réalités,
Voir leur flamme, et songer que peut-être chacune
Apporte on ne sait quelle effrayante rancune,
Et, rayonnante, vient au monde reprocher
Le sceptre, l'échafaud, le glaive et le bûçher!
Oh! tant qu'on n'aura pas mis hors d'état de nuire
Tout ce qui veut créer, chauffer, féconder, luire,
Tant que le vieux bon ordre encourra le péril
De voir brusquement naître un formidable avril,
Tant qu'il sera permis aux folles plumes ivres
De porter les oiseaux et d'écrire les livres,
Tant qu'un homme qui dit j'ai faim! pâle, priant,
Pensif, fera blanchir vaguement l'orient;
Tant que le ciel complice aura la transparence