Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/349

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XVI AUX HISTORIENS



Soyez juges. Soyez apôtres. Soyez prêtres.
Dites le vrai. Surtout n'expliquez pas les traîtres!
Car l'explication finit-par ressembler
A l'indulgence affreuse; et cela fait trembler.
Ne me racontez pas un opprobre notoire
Comme on raconterait n'importe quelle histoire.
Quelle est la quantité d'assassinat permis,
Jusqu'où peut-on s'entendre avec les ennemis,
Jusqu'où peut-on couper la gorge à la patrie,
L'épaule de Rague est-elle trop flétrie,
Dupont mérite-t-il tout ce qui l'accabla,
Non, non, je ne veux point de ces recherchés-là!
Je frémis, la rougeur au visage me monte.
Voilà tout. Je veux être un ignorant de honte.
Je veux rester stupide et furieux devant
Les coups du sort, les coups de mer, les coups de vent,
Auxquels vient s'ajouter le guet-apens d'un lâche.
Je prends le crime en bloc. Qui me calme, me fâche.
Non, l'histoire n'est point un lavage d'égout.
Historiens, ayez les traîtres en dégoût.
 
Ne rôdez point avec vos lampes dans leur cave;
Ne dites pas: Pourtant ce lâche était un brave;
Ne cherchez pas comment leur forfait se construit
Et s'éclaircit, laissez ces monstres à la nuit.