Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/36

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Pindare, Eschyle, Job, Plaute, Isaïe, Amos!
A quoi bon ce qui fait l'homme grand sur la terre?
Ceux qui parlent ainsi feraient mieux de se taire;
Je connais dès longtemps leur vaine objection.
L'art est la roue immense et j'en suis l'Ixion.
Je travaille. À quoi? Mais à tout; car la pensée
Est une vaste porte à chaque instant poussée
Par ces passants qu'on nomme Honneur, Devoir, Raison,
Deuil, et qui tous ont droit d'entrer dans la maison.
Je regarde là-haut le jour éternel poindre.
A qui voit plus de ciel la terre semble moindre;
J'offre aux morts, dans mon âme èn proie au choc des vents,
Leur souvenir accru de l'oubli des vivants.
Oui, je travaille, amis! oui, j'écris! oui, je pense!
L'apaisement superbe étant la récompense
De l'homme qui, saignant et calme néanmoins,
Tâche de songer plus afin de souffrir moins.
Le souffle universel m'enveloppe et me gagne.
Le lointain avenir, lueur de la montagne,
M'apparaît, par-dessus tous les noirs horizons.
C'est par ces rêves-là que nous nous redressons.
O frisson du songeur qui redevient prophète!
Le travail, cette chose inexprimable; faite
De vertige, d'effort, de joug, de volonté,
Vient quand nous l'appelons, nous jette une clarté
Subite, et verse en nous tous les généreux zèles,
Et, docile, ardent, fier, ouvrant de brusques ailes;
Écartant les douleurs ainsi que des rameaux,
Nous emporte à travers l'infini, loin des maux,
Loin de la terre, loin du malheur, loin du vice,
Comme un aigle qu'on a dans l'ombre à son service.

12 janvier 1874.

XVI Tu me dis Finis