Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/365

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C'est bien. Il reste seul. L'ombre est devant ses pas,
Il connaît le désert et ne s'en émeut pas.
Il s'évanouira de nouveau dans l'abîme.
Soit. Mais, toutes les fois que pour commettre un crimè
Les ennemis publics se feront signe entre eux,
Peuple, toutes les fois qu'un homme désastreux
Dressera contre toi quelque embûche à sa guise,
Toutes les fôis qu'un bruit de couteau qu'on aiguise
Se mêlera sinistre au tumulte confus
Des noirs événements pareils aux bois touffus,
Chaque fôis qu'un vaisseau partira pour Cayenne,
Chaque fois que Paris, la ville citoyenne,
Sera livrée au sabre, et que la liberté
Sentira quelque pointe infâme à son côté,
Chaque fois que des pas tortueux et funèbres
Marcheront vers un but obscur dans les ténèbres,
Alors, dans la nuit lâche où s'éclipsent les lois,
On entendra gronder une lointaine voix,
On verra tout à coup un fantôme apparaître,
Et les hommes distraits reconnaîtront peut-être
Cette ombre à sa tristesse au fond du firmament,
Et cette conscience à son rugissement.

Vianden, juin 1871.