Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/366

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XXIII Ô princes insensés!



Ô princes insensés! quoi! ne tremblent-ils pas
D'ouvrir la porte eux-même aux colères d'en bas!
De donner quelque chose à briser à la foule!
D'ébranler, de leurs mains, la maison qui s'écroule!
Et d'appeler en aide à leurs iniquités,
D'appeler au secours de leurs lâchés traités,
De leur pouvoir caduc, de leurs lois menacées,
Le morne paysan plein d'obscures pensées!
Ils ont pu, sans pâlir, voir à leur folle voix,
Sortir des lieux profonds, des masures, des bois,
Pour se répandre en hâte au loin sur des décombres,
Le noir fourmillement des multitudes sombres!

Ô princes insensés! Dieu juste! enseigne-leur
Ta loi, ton but sacré, ta justice!

Ah! malheur!
Malheur dans les hameaux et malheur dans les villes,
Quand parmi nos débats et nos luttes civiles,
Parmi nos passions, nous voyons, ô terreur!
Apparaître soudain la faulx du laboureur,
Qui, terrible et fatale à tous tant que nous sommes,
Quitte les champs de blés et vient faucher les hommes!

Effroyable moisson! calamités! forfaits!
Faulx, d'où la gerbe d'or, l'abondance et la paix
Devaient sortir, hélas, et d'où sort le ravage!
Outil rustique et saint! arme horrible et sauvage!