Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/39

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Ô toi qui m'as maudit dans tes souffrances sombres,
Un jour, ceux qui vivront quand nous serons des ombres,
Les passants qu'après nous agitera le vent,
Surpris, viendront au champ des morts, et, soulevant
La pierre du tombeau sur ma bière muette,
Ils me demanderont : pourquoi donc, ô poète,
Quelqu'un t'a-t-il maudit, toi qui saignas pour tous ?
Et moi je répondrai, spectre farouche et doux,
Faisant signe à la pierre afin qu'elle retombe :
— Silence ! laissez-moi songer seul dans ma tombe.
Laissez-moi savourer la sombre volupté
De me dire : il eut tort, ce grand cœur irrité.

Bruxelles. 1 janvier 1852