Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/41

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En proie aux souffles noirs qui n'épargnent personne,
Elle étend sur ton front son aile qui frissonne,
Et veille; la colombe a peur pour le roseau.
Car le sort menaçant nous tient dès le berceau;
Qu'on soit un petit prince ou bien un petit pâtre,
Nul n'échappé au destin; son ongle opiniâtre
Se mêle à nos cheveux et nous traîne effarés.

Oh! fixe ton regard sur ses yeux adorés!
Ici-bas c'est ta mère, et là-haut c'est ton ange.
Cette femme a subi plus d'une épreuve étrange,
Enfant, c'est toi qui dois l'en consoler. Retiens
Que, touchante à nos yeux, elle est sacrée aux tiens.
La nature là fit reine; et le sort martyre.
Qui la voit pleurer sent un charme qui l'attire.
Hélas! l'ombre d'hier assombrit aujourd'hui.
Elle accepte, stoïque et simple, l'âpre ennui,
L'isolement, l'affront dont un sot nous lapide,

La haine des méchants, cette meule stupide
Qui broie un diamant ainsi qu'un grain de mil,
Et toutes les douleurs, contre-coups de l'exil.

Oh! l'exil! il est triste, il s'en va, grave et morne,
Traînant un deuil-sans fin dans l'espace sans borne,
Et, sur le dur chemin qui vers l'ombre descend,
Hélas! on voit tomber goutte à goutte le sang
Des racines du coeur qui pendent arrachées!

Le malheur, c'est le feu dans les branches séchées.
Il dévore, joyeux, nos jours évanouis.

Naguère elle brillait aux regards éblouis,
Pareille au mois de mai qu'un zéphyr tiède effleure;
Naguère elle brillait; maintenant elle pleure.
Ce rayon n'a duré que le temps d'un éclair.