Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/42

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



Mais la pensée auguste habite son oeil fier;
Mais le malheur, qui, même en nous frappant, nous venge,
A mis des ailes d'aigle à ses épaules d'ange.
Dieu, caché dans la nuit de cet être souffrant,
Brille et fait resplendir son-sourcil transparent,
L'albâtre laisse voir la lumière immortelle,
Son front luit!

Toi, son fils, tressaille devant elle
Comme Gracchus enfant quand-sa mère venait;
Car elle est la clarté de ton aube qui naît.

Qu'importe que la foule ignore ou méconnaisse
J'ai vu; moi, quand l'angoisse étreignait sa jeunesse,
Comment elle a souffert, comment elle a lutté,
Et j'ai dit dans mon coeur: Cette femme eût été
Archidamie à Sparte ou Cornélie à Rome.

Enfant, ressemble-lui si tu veux être un homme;
Car elle est brave; car à l'abîme, au péril,
Son doux oeil féminin jette un regard viril;
Car c'est un ,ferme esprit! car c'est un vrai courage!
Jamais, sous le ciel bleu, jamais, devant l'orage,
Jamais, retiens cela, quoique tu sois petit,
Dans un plus noble séin plus grand coeur né battit!

Elle est femme pourtant, et ses maux sont sans nombre.
Mais un profond azur emplit son âme sombre.
Elle marche à travers la vie, âpre forêt,
Et regarde au-delà des rameaux; on dirait
Qu'elle cherche le mot d'une énigme dans l'ombre;
Et puis elle s'incline ainsi qu'un mât qui sombre;
 
Elle dit à l'espoir: va-t'en! au souvenir:
Silence! au jour qui meurt: hâte-toi de finir!
Car, conscience pure, elle est un esprit triste.
Même en rêvant longtemps sa tristesse persiste.