Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/47

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



Comme Tullius fuyant Rome,
J'allais, ignorant où j'étais,
Accueilli par ceux que je nomme,
Repoussé par ceux que je tais.

La bise sifflait sur ma tête.
Je fuyais sans. savoir comment,
Enveloppé de la tempête
Comme d'un sombre vêtement;

En guerre avec l'ombre où nous sommes,
Avec l'onde et le vent marin,
Avec le ciel, avec les hommes,
En paix avec mon coeur serein!
Mon âme ouvrait ses yeux funèbres;
Tout était noir, plus de ciel bleu;
Mais je voyais dans ces ténèbres
La lointaine blancheur de Dieu.

Je me disais dans ma souffrance:
-Pleurer est bon, mourir est beau.
Car la porte de l'espérance
S'ouvre avec la clef du tombeau.

Autour de moi, troupes ailées,
Les strophes dont l'essaim me suit.
Tourbillonnaient échevelées
Dans les souffles noirs. de la nuit.

J'étais sûr, à travers mes peines,
Que j'étais un juste aux abois,
Et quelles-rochers et les chênes
Ne pouvaient point haïr ma voix.