Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/72

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XXXVI Pygmée et Myrmidon,


Pygmée et Myrmidon, c'est haine et calomnie.
Avoir l'envie au coeur, aux lèvres l'ironie,

12 juillet.
 
Poète, c'est un peu l'habitude d'en bas.
Après tant de travaux, après tant de combats,
L'affront Vassiègé; ils sont toute une multitude
T'insultant dans ton deuil et dans ta solitude;
Mais toi que le destin absorbe, tu n'as point
Le temps de voir ces gens qui te montrent le poing.
Les tumultes ont beau t'entourer, tu médites.
Toutes tes oeuvres sont par Zoïle maudites;
Le fauve acharnement de la haine est sur toi.
Toi qui jadis planais archange, et qu'une loi
Met sur la terre, au fond des visions funèbres,
Prisonnier dans la cage énorme des ténèbres,
Toi, l'aigle échevelé de l'ombre, le banni
Tombé d'un infini dans un autre infini,
Du zénith dans l'abîme et du ciel dans ton âme,
Éclairé, mais brûlé par ta profonde flamme,
Rongé du noir regret du firmament vermeil,
Toi dont l'oeil fixe fait un reproche au soleil
Et semble demander. de quel droit l'on t'exile,
Toi qui n'as plus que toi pour cime et pour asile,
Tu ne te distrais point de ton rêve éternel;
Et, pendant qu'émus comme autour d'un criminel,
Les passants te voudraient tuer, et qu'on te hue,
Et qu'à tes pieds, grondant et grinçant, la cohue
Bourdonne avec le bruit d'orage d'un essaim,
Et t'appelle idiot, traître, avare, assassin,