Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/77

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Je vais dans la fureur du gouffre,==


Je vais dans la fureur du gouffre, dans l'écume,
Pâle, écoutant les mots
Que disent, pleins d'horreur, la sibylle dans Cume
Et l'apôtre à Pathmos.

Quand je passe en cette ombre, où, fuyant la tempête,
Nul encor n'a passé,
L'abîme est sous mes pieds, la foudre est sur ma tête,
On dit: C'est l'insensé!

Tandis que l'ouragan qui parfois semble rire,
Puis éclate en sanglots,
Joue avec les agrès comme avec une lyre,
Un chant noir sort des flots.

Et moi sur qui le deuil, la haine, la vieillesse,
L'onde et le vent trompeur,
S'acharnent, je poursuis mon chemin, et je laisse
Les autres avoir peur.
Pourtant vous ne pouvez empêcher que je songe,
Las du sort par moments,
Et de l'ombre que laisse aux âmes le mensonge
De tant d'événements.

Le destin m'a jeté de tempête en tempête,
De récif en récif;
Jamais mon coeur saignant n'a fait courber ma tête;
Mon courroux est pensif.