Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/81

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Et cela rendit, ô merveille,
La vie au sépulcre hagard.
Ce sourd-muet ouvrit l'oreille
Et cet aveugle eut un regard.

En voyant venir la lumière,
Comme au désert le noir Sina,
Ce sinistre linceul de pierre
Où pleure une âme, rayonna.
Et je le vis, dans ,1e bois sombre,
Dans le champ pestilentiel,
Comme transfiguré dans l'ombre
Par cette dorure du ciel.

Ce n'était plus la dalle affreuse,
Qui se dresse hors de tout bruit,
Sous laquelle un gouffre se creuse,
Plein d'étoiles, mais plein de nuit;

-Ce n'était plus la tombe où rêve
Un vague fantôme banni,
Abîme où le fini s'achève,
Borne où-commence l'infini.

Grâce à l'aube, au pied du vieil arbre,
Dans la ronce et dans le genêt,
Le froid granit, l'orgueilleux marbre
Que le ver de terre connaît,

Illuminait ces bois funèbres,
Craints de l'homme, aimés du corbeau,
Et, calme, avait dans les ténèbres
On ne sait quel air de flambeau.