Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/84

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Tu nous regardes, Nuit, grande passante noire;
Tu ne dois pas beaucoup comprendre notre histoire,
Car elle est bien souvent plus sombre encor que toi.
Soyez homme d'honneur, de probité, de foi,
Vous serez l'ennemi public; dans la tempête
Risquez pour une idée auguste votre tête,
Et vous serez traité de la même façon
Que la poltronnerie et que la trahison;
Cet homme ose invoquer la pitié vénérable,
Il offre asile au faible, à bas le misérable!
Quoi donc! il s'interpose entre le meurtre et nous!
Il s'émeut en voyant des femmes à genoux,
Il s'indigne des morts que nous jetons aux fleuves,
Il plaint lés orphelins, il ne fait pas de veuves,
Il ose prononcer l'horrible mot Pardon!
A cette heure où chacun fait à tous l'abandon
De ces vieux préjugés: droit, liberté, clémence,
Où l'on sent que le monde antique recommence,
Lorsqu'on voit qu'un grand pas en arrière est sensé,
Et quand pour avenir on reprend le passé,
Il s'obstine, il soutient les vaincus sans relâche,
Il les défend, dût-on l'assassiner, le lâche! -

C'est ainsi qu'on raisonne à de certains moments.
Un joûr, voyant passer d'affreux événements,
Voyant qu'au grand Paris on creusait une fosse,
Ne croyant pas Dieu mort et la vérité fausse,