Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/110

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XLII BAUDIN


La barricade était livide dans l’aurore,
Et, comme j’arrivais ; elle fumait encore ;
Que voulez-vous. donc ?
— Tout.

Rey me serra la main et dit : Baudin est mort.

Il semblait calme et doux comme un enfant qui dort ;
Ses yeux étaient fermés, ses bras pendaient, sa bouche
Souriait d’un sourire héroïque et farouche ;
Ceux qui l’environnaient l’emportèrent.

Et tous,
Depuis ce jour, l’exil s’étant fermé sur nous,
Nous songeons à celui qui mourut, et dont l’âme
Luit sur Paris ainsi que dans l’ombre une flamme,
Et nous disons : Hélas ! c’est toi qui fus* choisi !

Ô toi qui dors là-bas, nous qui saignons ici,
Nous t’envions. Heureux ceux que reprend la tombe !
Celui qui reste droit devant celui qui tombe
Médite, car tous deux sont, en dépit du sort,
Debout, l’un dans la vie et l’autre dans la mort.