Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/111

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Mais dans ce monde où passe et repasse sans cesse
Une inondation de honte et de bassesse,
Où tant d’hommes, plus vains que les mouches d’été,
Vendant leur avenir au présent effronté,
Pour-avoir plus d’orgie acceptent plus d’abîme,
Et chantent, joyeux d’être abjects, ô ciel ’sublime,
Ciel noir ! comment ne pas envier la faveur
D’une balle qui vient frapper un front rêveur !
Comment ne pas frémir devant la suite obscure
Des crimes de Néron vivant comme Epicure,
Ne s’inquiétant pas de ce que produiront
Ses forfaits, ses plaisirs, sa joie et notre affront,
Faisant avec Dieu sombre une folle gageure,.
Et vil, petit, terrible, avec son noir parjure,
Ses fraudes, son succès, sa fange, affreux ciment,
Bâtissant on ne sait quel vaste écroulement !
Comment ne pas aimer la caresse subite
De la mort, spectre auguste avec qui l’âme habite,
Et qui vous ouvre une ombre étoilée où tout luit !
La mort, c’est le matin, et l’exil, c’est la nuit.
Quand tombent les hérauts du progrès populaire,
Quand une main d’en haut, dans un jour de colère,
Leur ôte brusquement des lèvres le clairon,
Quand Botzaris périt, quand expire Byron,
Quand les quatre sergents de la Rochelle meurent,
On entend le sanglot des nations qui pleurent ;
Les peuples sous ces deuils se courbent accablés
Et tristes, comme après un orage les blés.
Ces martyrs sont sacrés, et sur toutes les lèvres
Leurs noms volent, donnant aux cœurs les saintes fièvres ;
Ils sont l’exemple, ils sont l’honneur, ils sont l’espoir ;
Même quand tout s’éclipse on croit encor les voir ;
Leur œil fixe soutient ceux qui jamais ne cèdent ;
Ils font songer l’enfant- qui s’élève, ils l’obsèdent
Du superbe besoin de leur être pareils ;
Et quand la Liberté, dorant les cieux vermeils,