Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/17

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



 
J’applique mon oreille à travers mon cachot
Contre la conscience énorme de là-haut.
Et j’écoute. Et, pensif, je fuis, et, solitaire,
Je m’envole. Quiconque a pour prison la terre,
A pour évasion le ciel. Là, j’ai l’effroi
De sentir comme une âme immense entrer en moi
Et j’én tremble, et j’en suis joyeux. Sévère joie !
Va, sois le Châtiment, me-dit quelqu’un. Foudroie.
La foudre est le jet noir du firmament vengeur.
Je me penche du fond d’une blême rougeur,
Et, dii seuil étoilé, comme d’une fenêtre,
Sur ta simarre, ô juge, et sur ta robe, ô prêtre,
Je vide la justice avec la vérité.
Vivez, régnez ! ma strophe au sanglot irrité,
Mon vers sanglant, fumant, amer, qui, du ciel sombre,
Ainsi que. d’une bouche entr’ouverte dans l’ombre,
Jaillit ; tombe, se rue, éclate, et sur les fronts
Se disperse en horreur, en tempête, en affronts,
Flétrit, submerge ; noie ; éclabousse et remonte,
Est le vomissement dé Dieu sur votre honte.

26 février 1870.