Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/327

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Mais qu’importe ! le rire est roi dans la maison ;
L’âtre est gai. Bon visage à mauvaise saison.
Le brouillard blême emplit les champs ; mais la kermesse
N’en fait pas moins, après le prêche, après la messe,
Tournoyer, jupe au vent, Goton dont le jarret,
Par moments entrevu, tient Gros-Pierre en arrêt.
Car Gretchen est Goton et Pieter est Gros-Pierre.
Cette Ève et cet Adam sont partout ; et la terre
N’eût point fait et meublé, sans Gros-Pierre et Goton,
Eden pour nos aïeux et pour nous Charenton.

On passe d’un méandre à l’autre et la patache,
Chaque soir, aux poteaux des berges se rattache.
L’aubergiste, bonhomme à l’air vague et chinois,
Croque le voyageur comme un singe une noix ;
Lesage dans Drika saluerait Léonarde.
On boit ; les pots sont grands. La Gueldre goguenarde
Fait ses cruches avec des ventres d’échevin,
Dè même que la Grèce au sourire divin,
Fait des bras de Phryné les anses de son vase.

Cependant le bateau glisse, le roseau jase,
Les nids parlent tout bas, l’eau chuchote, on s’endort ;
Et voilà la Hollande.

Ami, ce peuple est fort :
N’en rions pas. C’est vrai qu’il ouvre aux vents d’automne
Une plaine sans fin, âprement monotone ;
Certe, ailleurs, j’en conviens, l’aube a plus de clarté,
Et ce ne sont point là de ces champs où l’été,
Splendide et glorieux, jette à pleines corbeilles.
Les fleurs, les fruits, les blés, les parfums, les abeilles ;
Sans doute quelque ennui sort de cet horizon ;
Mais c’est le sol qui fut l’abri de la raison ;