Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/352

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XLIV Ô profondeur sans fond


Ô profondeur sans fond où va tout ce qui pense !
Où l’on tombe, n’ayant que soi pour tout appui !

Cet homme était hier empereur ; aujourd’hui.
Il est mort. Les canons tonnent, les clochers grondent ;
Toutes les voix d’airain dans les cieux se répondent ;
L’air murmure : - Il est mort ! Il est mort !à genoux !
Celui qui disait : Moi ! celui qui disait: Nous ! -
Le maître ! le héros ! la majesté sacrée !
L’élu! l’homme qui règne, ombre de Dieu qui crée !
Il est au ciel, l’heureux, le superbe, le fort !
Il fut grand dans la vie, il est grand dans la mort ! -
Et les foules en deuil se hâtent accourues,
Et les lourds pots-à-feu flambent le long des rues,
Et le royal convoi passe. Vingt escadrons
Ouvrent la marche ; on voit venir dans les clairons
Une espèce de tombe éblouissante et fière,
Un grand sépulcre trône inondé de lumière,
Un cénotaphe immense aux panaches mouvants
Qui roule et resplendit, secouant dans les vents
L’orgueil, l’encens, la myrrhe, et, comme des crinières,
Les flammes d’or, les plis de pourpre, les bannières.