Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/392

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LXXIII Quand je veux savoir


Quand je veux savoir vos douleurs secrètes,
Vous dites, ô belle aux yeux adorés :
- « Je ne puis sortir des lieux où vous êtes ;
Vous êtes mon maître ! » - Et puis vous pleurez.

Et vous reprenez : «Quoi! sans récompense
Mes jours près de vous s’usent à souffrir !
Je veux vous quitter, mais, lorsque j’y pense,
Je ne sais pourquoi je me sens mourir ! »

Le même esclavage, ô belle, est le nôtre ;
De vous jusqu’à moi la chaîne revient ;
Nous ne sommes pas libres l’un ni l’autre;
Je vous tiens; madame, et le sort me tient.

Vous êtes à bord, et je suis, la barque:
Oui, comprends-moi bien, mes discours sont vrais,
Cet homme qui t’aime, esclave et monarque,
Est un dur navire aux sombres agrès.

Il emporte au loin votre coeur, votre âme ;
Il est emporté par le gouffre amer!
Vous ne pouvez pas en sortir, madame,
Et lui ne peut pas sortir de la mer.