Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/402

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LXXX PORTRAIT


Foin de cet orateur, pédant enchifrené
De qui l’esprit ne sort qu’en passant par son né !
Son éloquence humide abonde en longs filandres.
Quand ce bavard, pour mettre un terme à nos esclandres,
Paraît, blême et bouffi d’un ennui colossal,
A la tribune, orné de son courroux nasal,
Vous attendez qu’il tonne et moi qu’il éternue.
Quoi ! du nasillement l’heure est-elle venue!
Oh ! le puissant tribun qui fait que les partis,
Quand il parle, oubliant griefs, voëux, appétits,
Et toi, Liberté sainte, aujourd’hui prisonnière,
Pensent à leur mouéhoir et non à leur bannière!
Soit; émerveillez-vous ! Fort bien, criez : bravo !
Moi je n’admire pas ce rhumé de cerveau..
Certes, ce coryza, je l’avoue, est énorme,
Stupéfiant, tenace à rendre un nez difforme,
Monstrueux, magnifique, horrible, point bénin ;
Le rhume est d’un titan, mais le cerveau d’un nain.