Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/42

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XII LE TIREPOINT


Ô pauvre vieux, tu vis en paix, tu bois ta chope,
Sans feu, parfois sans pain et jamais sans sommeil,
Comme un fagot flambant gratis, dans ton échoppe,
Tu reçois le soleil.

Lorsque tu vois passer curés, bedeaux et diacres,
Toute ta politique est de gronder un peu ;
Parmi les porteurs d’eau, les filles et les fiacres,
Tu ris sous le ciel bleu.

Peut-être est-ce un grand-père à toi — sais-tu l’histoire ? —
Qui vit jadis entrer dans son bouge, âpre et seul,
N’ayant plus de souliers, vieux, pieds nus dans sa gloire,
Corneille, notre aïeul !

Que t’importe ? tu vis au hasard, pêle-mêle,
Dans ce monde arrivé sans savoir trop par où,
Ajustant le cuir neuf à la vieille semelle,
Dans un coin, dans un trou.

Tu vas au cabaret savourer la litharge ;
Pour toi, d’un travail lourd, monotone, inclément,
Le livre de la vie est plein, et ’sur la marge
Tu te grises gaîment.