Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/438

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CXI La porte


La porte
Céda. Je tâtonnai du bout de mon bâton ;
J’entrai ; tout était noir ; à peine pouvait-on
Distinguer, à travers les ombres étouffantes,
Le jour qui des volets rayait les blêmes fentes.
Tout sembla s’éveiller quand la porte bâilla.
Nul’ depuis soixante ans n’avait pénétré là.
Les meubles de santal, de citronnier, d’érable,
Dormaient sous la poussière épaisse et vénérable ;
Les miroirs détamés semblaient sur les dressoirs
Des morceaux de ciels blancs tout piqués de trous noirs,
Et me multipliaient en faces fantastiques
A travers des essaims d’immobiles moustiques ;
Au tremblement d’un pas dans cette ombre perdu,
Le lustre, avec un bruit de squelette pendu,
Au-dessus de ma tête entre-choquait ses prismes ;
Les vieux gonds de la porte avaient des rhumatismes,
Les lampas décloués, aux angles du plafond,
S’éploraient et flottaient tels que les vers les font ;
Les murs étaient tendus de toiles d’araignées ;
Les portraits noirs avaient des mines indignées ;
Tous ces objets tremblaient dans un vague rayon,
Et prenaient par degrés un air de vision
Comme si l’on eût vu bouger et parler presque
Des personnages peints sur quelque sombre fresque ;
Une espèce de vieux, en habit d’Apollon,