Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/46

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« Orloff est, mon frère sombre ;
« Tous deux, sous nos pieds, dans l’ombre,
« Débout sur le même char,
« Nous écrasons, moi l’étoile
« De Satan que la nuit voile,
« Lui les yeux crevés du czar.

« Mais qu’est-ce donc ? à cette heure,
« Orloff lui-même est un leurre !
« Les rois monstres triomphants
« S’endorment parmi les cierges,
« Souriants comme des vierges,
« Sereins comme des enfants !

« Ces meurtriers dans leur ville
« Ont pour oreiller tranquille
« Leurs crimes inexpiés
« Leur front doucement s’y penche ;
« Et Tobolsk 1e, leur chienne blanche,
« Mange un peuple sous leurs pieds !

« Tandis que, pour leurs chimères,
« Pleurent les sœurs et les mères,
« Que leur nom, fait de remord ;
« D’épouvante et de huées ;
« Sort du milieu des nuées
« Comme un clairon de la mort ;

« Tandis que leur feu dévore,
« Et que, dû soir à l’aurore
« Et de l’aube jusqu’au soir,
« Toute la terre enflammée ’
« Roule autour d’eux sa fumée
« Comme un lugubre encensoir ;
«