Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/463

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Quand ce banni, jadis perdu dans les brouillards
Et dans les flots, parut parmi ces durs vieillards,
Ils frémirent, ainsi que l’herbe au pied de l’arbre.
Son souffle fut terrible et les fit tous de marbre.
Il les pétrifia rien qu’en passant sur eux:
Ces hommes qu’emplissaient le passé ténébreux,
Et dont plusieurs, étaient courbés sous de vieux crimes,
Gardèrent l’attitude obscure des abîmes,
Et pâles, se sentant saisis par ce regard,
N’osèrent même plus lever leur front hagard.
Leur immobilité faite de violence
Se taisait. Et, tragique, accablant leur silence
Du sombre et formidable orage de sa. voix,
Il semblait, au milieu de ces faiseurs de lois
Plus aveugles encore, hélas ! que sanguinaires,
Une apparition secouant des tonnerres.
Tel surgirait, dans l’Ombre où, sans geste et sans bruit,
Les larves du néant, les formes de la nuit
Sont assises, de brume et de rêve vêtues,
Un spectre qui viendrait parler à des statues.

23 mai 1876.

CXXX La terre est à l’erreur


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