Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/77

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



— Toute la question, dit-il, c’est l’ouvrier.
Que Décembre lui soit meilleur que Février,
C’est là ma politique. Écoutez, mes ministres.
Il faut sourire au peuple avec des yeux’ sinistres.
Ainsi l’on règne. Ainsi l’on gouverne. J’entends
Faire adorer leur chaîne ’ aux travailleurs contents.
— Sire, c’est malaisé. — C’est simple. — Comment faire
Pour loger l’ouvrier ? — Je lui bâtis un square.
Il aura sa caserne ainsi que le soldat.
Ils sont frères. — C’est vrai - Leur plaire est mon mandat.
— Mais, sire, l’ouvrier veut manger. Je le gave.
L’engraissement éteint la fierté de l’esclave.
L’ouvrier veut trouver une femme au logis.
— Je le fais marier par Saint-François-Régis.
— L’ouvrier, car il fait, sire, beaucoup de rêves,
Veut être mieux payé - Je lui permets les grèves.
— L’ouvrier veut aller au spectacle - Il aura
Partout le lupanar sous le nom d’opéra.
Je lui prodiguerai des tas de femmes nues.
Je lui montre Astarté planant au fond des nues.
Je lui donne Gorju, Bobêche et Turlupin.
Je l’enchante. — Oui, voilà des cirques et du pain.