Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/86

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L’air du pays. natal plaît à l’âme des sages ;
Les champs vous calmeront. Beauté des paysages !
Moi César, devant qui Béhic est à genoux,
Chers bannis, je vous rends la patrie. Aimons-nous.
Revenez. Craignez Nous que mes chiens ne vous mordent ?
Non. Mon sénat est doux. Les cœurs enfin s’accordent,
Et de boucher je suis redevenu berger.
Plus de banni dehors, dedans plus d’étranger,
Je suis français. Amis, j’ai quitté mon écorce ;
Car pour-être français et cesser d’être corse,
Il suffit que l’é manque ou que l’i soit ôté ;
Moi je suis Bonaparte et non Buonaparté.
Conti, l’homme par qui le vrai chez moi pénètre,
Se change en monsieur Conte et Piétri 42 devient piètre.
Donc, nous serons français, vous vivrez sous mes lois.
Accourez dans mes bras. Ainsi les vieux gaulois
Se réconciliaient trinquant sous la tonnelle ;
Le fond du verre était garni de pimprenelle.
Mon âme en sa beauté s’offre à vos yeux. Hélas !
Laissez-vous attendrir, proscrits. Quand Ménélas
Vit le sein nu d’Hélène, il jeta son épée.
Ma molle rêverie est de vous occupée.
Ingrats, vous détournez les yeux de mes appas.
J’ai beaucoup de Parieux, de Fialins, de Maupas,
De juges, de soldats, et de billets de banque ;
Mais proscrits, vous absents, quelque chose me manque.
Je ne sais ce que j’ai, je fuis dans les forêts.
En vain le Moniteur m’arrive, humide et frais,
J’ai beau suivre aux prés. verts la vache aisée à traire,
Et songer au budget ; j’ai beau pour me distraire
Laisser errer mes yeux sur lecrâne poli
Du maréchal Regnault de Saint-Jean-d’Angely ;
En vain je verse Aÿ, Nuits, Sauterne, Alicante
A Rouher qui me fait l’effet d’une bacchante ;
Boudet en vain me suit, poussant de longs abois ;
En vain je vois Troplong sourire au fond des bois ;
En vain tous mes curés sur qui vous vous trompâtes,