Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/90

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Que le bonnet carré se dore et se galonne,
Que du temple des lois on devient la colonne,
Et qu’on reçoit la croix d’honneur, dans la saison,
Des mains d’un accusé de haute trahison.
C’est pourquoi, lorsqu’on a tout ce qu’il faut pour plaire,
Qu’on est, par la cravate et les gants, exemplaire,
Qu’on sait être au bal jeune et vieux au tribunal,
Quand on est élégant, doctrinaire, banal,
Quand on a ce patois gn’Aulois prend pour du style,
Faire guillotiner une femme est utile.
D’une tête sanglante un juge est couronné.
N’allez-vous pas blâmer un jeune homme bien né,
Qui trouve sous sa main une obscure ouvrière,
Une fille, et qui tient à faire sa carrière,

                 II

De montrer à propos quelque férocité ?
On est un personnage important et compté
Et que le journal’ cite en lettre majuscule,
Quand on a fait lier quelqu’un à la bascule :
Chez le préfet le soir vous prenez votre thé ;
Par les meilleurs salons vous êtes accepté
Voilà ce substitut terriblè qu’on renomme !
Et l’évêque vous dit : -C’est bien. Tonnez, jeune homme !
Ah ! l’herbe de Clamart donne dé beaux profits !
On est celui que montre une mère à son fils,
On fascine, étant presque un acteur sur l’affiche,
Une Agnès de seize ans, fraîche, ingénue et riche,
Qui danse avec vous rit, parle de vos succès,
Et de la femme à qui vous fîtes son procès,
Pendant qu’en son tombeau cette morte farouche
Sent fourmiller les vers de terre dans sa bouche.

Tel est le rêve fait par tous les débutants.
Ainsi songeait le frais Delangle à son printemps ;
Ainsi songeait Troplong alors qu’il était rose ;
Ainsi tout substitut songe en peignant sa prose,