Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/347

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


sonde.

Rendons-nous compte de ce que c’est qu’un tel sondage.

La profondeur réelle de la mer est ignorée.

Entre les Açores et le Maroc, la profondeur dépasse six mille mètres ; entre les Bermudes, groupe de rochers de corail, et les Antilles, la profondeur dépasse dix mille mètres. Autour des îles du Cap Vert le sondage nage et se perd. Pas de fond. Au sud du banc de Terre-Neuve, entre le quarantième et le quarante-cinquième degré de latitude, le gouffre est inouï ; supposez qu’on puisse jeter là l’Himalaya comme une pierre, il disparaîtrait.

Quant aux difficultés d’une telle exploration, jugez-en par un seul fait : il faut une tonne pesant de ligne à baleine pour descendre à deux mille quatre cents brasses. A une certaine distance de la surface, la masse de l’eau entre en équilibre avec la sonde, quelque lourde qu’elle soit, et la sonde flotte.

A la vérité, comme semble le démontrer la curieuse expérience du lieutenant Dayman, la sonde, en supposant un fil et un temps indéfini, arriverait toujours à toucher le fond ; mais le sondage serait mauvais, le plus de perpendicularité possible étant la première condition d’un bon sondage.

Telles sont les difficultés, presque les impossibilités, de ces explorations profondes.

Cependant, grâce au boulet remontant du lieutenant Maury, la sonde a triomphé çà et là, sur des points relativement assez nombreux, et l’appareil de Brooke a fini par échantillonner le fond de l’océan.

Cet appareil, promené partout et en tous sens, a plongé au nord et au sud, dans le Pacifique et dans l’Atlantique, et a toujours et imperturbablement ramené à la surface le même objet : un grain de poussière tout blanc.

Il a fallu, pour que cette molécule prît forme, les plus puissants microscopes connus. Soumis à des grossissements énergiques, l’atome s’est dévoilé, l’infinitésimal a avoué, et l’on a vu apparaître sous la lentille une coquille, frêle, fine, transparente, d’une blancheur de neige et d’une pureté de cristal.

Cette coquille est la caverne de l’infusoire ; cette coquille est l’atelier du foraminifère.

Chose presque incompréhensible, cette coquille, plus mince que le plus frêle verre mousseline, est toujours entière. Cette coquille est miraculeusement vierge. Jamais une cassure, jamais une fêlure, jamais une érosion ; ses arêtes sont tranchantes, ses pointes sont aiguës. Toute la mer pèse pacifiquement sur cette fragilité.

Ce gouffre d’eau qui, à sa surface, broie les steamers de fer battu, dans ses profondeurs ne crèverait pas une aile de mouche.