Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/366

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Galien, Taurell, Cremonin, Viviani, Hobbes, ont prié. Tout en protestant contre les religions, Anaximène, Hippon, Çritolaiis, Asclépiade le médecin, Marc-Antonin, Proclus de Lycie, Épithorme, Phérécyde le syrien, Parménide, ont proposé ou ébauché des formules de prière en commun. « Initiez-vous, dit Andocide, contemplez les rites sacrés ! » — Pindare appelle les esprits au naturalisme et par le naturalisme à la religion : — « Heureux, dit-il, celui qui descend dans la terre profonde ! il sait la fin de la vie ; il en sait l’origine sacrée. »

Tout en me promenant je faisais ma prière.

C’est Rousseau qui à la prose des Confessions a mêlé ce vers involontaire.

Toutes les ardentes curiosités de la métaphysique, les doutes des travailleurs spirituels, les tentatives des pionniers du mystère, les aspirations des philosophes, leurs indiscrétions devant le silence de la naure, leur confrontation de l’Inconnu avec la création, confrontation qui va quelquefois jusqu’à l’insulte, leurs recherches, leurs audaces, aboutissent à ceci : le doigt posé sur la bouche et l’œil fixe épiant la nuit.

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La religion n’est autre chose que l’ombre portée de l’univers sur l’intelligence humaine.

La forme de cette ombre varie selon les angles divers de la civilisation de l’homme, elle varie selon le plus ou moins de rectitude des esprits qui la reçoivent, mais, quelle que soit son apparence, cette ombre est toujours identique à elle-même. Elle vient du Tout. C’est cette identité qui fait le fond commun des religions.

A cette ombre, — car la loi morale ne dément jamais la loi physique, qui n’est que son symbole, — à cette ombre se mêlent des crépuscules et des pénombres. Ce sont les idolâtries et les superstitions.

La grandeur visible ou latente du fait presse l’esprit humain et en fait sortir des chimères plus ou moins empreintes de vérité. Ces chimères sont les théogonies. Si l’on veut se rendre compte des déviations que subissent les réalités naturelles en traversant l’imagination ignorante de l’homme, si l’on veut apprécier les aberrations que cette réfraction peut produire, un ou deux exemples suffisent :

La première merveille qui a stupéfié les hommes, c’est la terre. Ils