Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/395

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de l’Académie des Sciences. Folie, disait l’institut. Réalité, a répondu la nature.

Donc prenons garde.

Qu’on ne se méprenne pas sur notre intention. Nous n’attaquons pas la science. Nous constatons seulement que, l’optique terrestre étant donnée, la faillibilité est partout. Cette triste ubiquité de l’erreur est la loi de l’homme.

La science toute la première connaît son ignorance.

Interpellez la chimie sur l’affinité, la physique sur la gravitation. Que vous répondront la physique et la chimie ? Rien. Elles entrevoient une loi. Elles tâchent de superposer à cette loi leurs formules. C’est tout.

La science connaît aussi ce qu’il y a en elle d’impuissance.

A côté de la nature, elle se sent tout à la fois grande et petite, grande par la volonté, petite par la force. La nature, à un certain point de vue, fait les mêmes choses qu’elle, avant elle et mieux qu’elle. Il y a dans tout ce que produit la nature un ingrédient qui suffit pour tout changer et que la science n’a pas : le fluide vital. La science fait le photographe, la nature fait l’œil ; la science fait le mélographe, la nature fait l’oreille. La science a son volcan, qui est l’usine ; la nature a son usine, qui est le volcan. Dans l’une, la vapeur soulève un piston, dans l’autre elle secoue une montagne. La science a l’étincelle, la nature a l’éclair ; le premier nuage venu contient plus de foudre que toutes les bouteilles de Leyde de tous les laboratoires de l’univers. C’est par fleuves que l’électricité ruisselle dans les veines du globe. Que sont nos chétives décharges électriques près de l’immense turbine des gaz et des fluides ? Quant à nos courants lumineux, nous avons la flamme de nos deux cônes de charbon ; la nature a l’aurore boréale. Le globe tout entier est un électro-aimant. La nature, avec ces deux leviers mystérieux, la combustion du sang et le fluide électrique, remue à toute heure et pour toutes les fonctions tous les muscles de tous les êtres vivants ; nous, au moyen de la pile, nous faisons sauter une grenouille morte ; là s’arrête notre copie de la vie. Certes, les mécaniques construites par l’industrie humaine sont merveilleuses ; mais il y a une machine d’une certaine nature qui produit une foule d’effets statiques, dynamiques, chimiques, et qui ne brûle que deux cents grammes de charbon par jour ; cette machine s’appelle l’Homme. Je voudrais voir l’homme l’inventer.

Depuis soixante-quinze ans, la science est tenue en échec par le ballon. Le’ problème du ballon est ceci : l’aéroscaphe résulte de deux forces, la force d’ascension et la force de direction ; or ces deux forces sont contraires et semblent s’exclure l’une l’autre. Pour que le navire aérien s’élève, il faut qu’il soit plus léger que l’air ; pour qu’il se dirige, il faut qu’il soit plus lourd que l’air. S’il est plus lourd que l’air, il reste à terre ; s’il est plus lég