Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/164

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II
marat dans la coulisse.

Comme il l’avait annoncé à Simonne Évrard, Marat, le lendemain de la rencontre de la rue du Paon, alla à la Convention.

Il y avait à la Convention un marquis maratiste, Louis de Montaut, celui qui plus tard offrit à la Convention une pendule décimale surmontée du buste de Marat.

Au moment où Marat entrait, Chabot venait de s’approcher de Montaut.

— Ci-devant… dit-il.

Montaut leva les yeux.

— Pourquoi m’appelles-tu ci-devant ?

— Parce que tu l’es.

— Moi ?

— Puisque tu étais marquis.

— Jamais.

— Bah !

— Mon père était soldat, mon grand-père était tisserand.

— Qu’est-ce que tu nous chantes là, Montaut ?

— Je ne m’appelle pas Montaut.

— Comment donc t’appelles-tu ?

— Je m’appelle Maribon.

— Au fait, dit Chabot, cela m’est égal.

Et il ajouta entre ses dents :

— C’est à qui ne sera pas marquis.

Marat s’était arrêté dans le couloir de gauche et regardait Montaut et Chabot.

Toutes les fois que Marat entrait, il y avait une rumeur ; mais loin de lui. Autour de lui on se taisait. Marat n’y prenait pas garde. Il dédaignait le «  coassement du marais ».

Dans la pénombre des bancs obscurs d’en bas, Coupé de l’Oise, Prunelle, Villars, évêque, qui plus tard fut membre de l’Académie française, Boutrole, Petit, Plaichard, Bonet, Thibaudeau, Valdruche, se le montraient du doigt.

— Tiens, Marat !

— Il n’est donc pas malade ?