Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/165

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— Si, puisqu’il est en robe de chambre.

— En robe de chambre ?

— Pardieu oui !

— Il se permet tout !

— Il ose venir ainsi à la Convention !

— Puisqu’un jour il y est venu coiffé de lauriers, il peut bien y venir en robe de chambre !

— Face de cuivre et dents de vert-de-gris.

— Sa robe de chambre paraît neuve.

— En quoi est-elle ?

— En reps.

— Rayé.

— Regardez donc les revers.

— Ils sont en peau.

— De tigre.

— Non, d’hermine.

— Fausse.

— Et il a des bas !

— C’est étrange.

— Et des souliers à boucles.

— D’argent !

— Voilà ce que les sabots de Camboulas ne lui pardonneront pas.

Sur d’autres bancs on affectait de ne pas voir Marat. On causait d’autre chose. Santhonax abordait Dussaulx.

— Vous savez, Dussaulx ?

— Quoi ?

— Le ci-devant comte de Brienne ?

— Qui était à la Force avec le ci-devant duc de Villeroy ?

— Oui.

— Je les ai connus tous les deux. Eh bien ?

— Ils avaient si grand’peur qu’ils saluaient tous les bonnets rouges de tous les guichetiers, et qu’un jour ils ont refusé de jouer une partie de piquet parce qu’on leur présentait un jeu de cartes à rois et à reines.

— Eh bien ?

— On les a guillotinés hier.

— Tous les deux ?

— Tous les deux.

— En somme, comment avaient-ils été dans la prison ?

— Lâches.

— Et comment ont-ils été sur l’échafaud ?