Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/301

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L’Imânus posa la main sur l’épaule de Halmalo.

— Camarade, combien de temps faut-il pour qu’on sorte par cette passe et qu’on soit en sûreté dans la forêt ?

— Personne n’est blessé grièvement ? demanda Halmalo.

Ils répondirent : — Personne.

— En ce cas, un quart d’heure suffit.

— Ainsi, repartit l’Imânus, si l’ennemi n’entrait ici que dans un quart d’heure ?...

— Il pourrait nous poursuivre, il ne nous atteindrait pas.

— Mais, dit le marquis, ils seront ici dans cinq minutes, ce vieux coffre n’est pas pour les gêner longtemps. Quelques coups de crosse en viendront à bout. Un quart d’heure ! qui est-ce qui les arrêtera un quart d’heure ?

— Moi, dit l’Imânus.

— Toi, Gouge-le-Bruant ?

— Moi, monseigneur. Écoutez. Sur six, vous êtes cinq blessés. Moi, je n’ai pas une égratignure.

— Ni moi, dit le marquis.

— Vous êtes le chef, monseigneur. Je suis le soldat. Le chef et le soldat, c’est deux.

— Je le sais, nous avons chacun un devoir différent.

— Non, monseigneur, nous avons, vous et moi, le même devoir, qui est de vous sauver.

L’Imânus se tourna vers ses camarades.

— Camarades, il s’agit de tenir en échec l’ennemi et de retarder la poursuite le plus possible. Écoutez. J’ai toute ma force, je n’ai pas perdu une goutte de sang ; n’étant pas blessé, je durerai plus longtemps qu’un autre. Partez tous. Laissez-moi vos armes. J’en ferai bon usage. Je me charge d’arrêter l’ennemi une bonne demi-heure. Combien y a-t-il de pistolets chargés ?

— Quatre.

— Mettez-les là, à terre.

On fît ce qu’il voulait.

— C’est bien. Je reste. Ils trouveront à qui parler. Maintenant, vite, allez-vous-en.

Les situations à pic suppriment les remerciements. À peine prit-on le temps de lui serrer la main.

— À bientôt, lui dit le marquis.

— Non, monseigneur. J’espère que non. Pas à bientôt ; car je vais mourir.

Tous s’engagèrent l’un après l’autre dans l’étroit escalier, les blessés d’abord. Pendant qu’ils descendaient, le marquis prit le crayon de son carnet