Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/440

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C’était un bel esprit du voisinage, ayant écrit une fois à Voltaire, rimant, très chafoin.

L’autre était un astronome de campagne. Il était riche, avait de la terre, et tenait à la robe par on ne sait quel oncle conseiller qu’il avait. Étant de roture, il s’était fait savant, le hasard d’un télescope adjugé au rabais dans une vente à l’encan l’avait jeté dans l’astronomie et lui avait fourré les étoiles dans la tête.


… C’était une espèce de révolutionnaire local, fait pour être méconnu pendant sa vie et oublié après sa mort. Un de ces hommes qui méritent les statues qu’on élève aux autres.


… Il était mécontent des temps que la providence prend quelquefois dans le renversement des choses mauvaises. Il ressemblait au chien du mineur qui, lorsque le coup de mine se fait attendre, aboie après l’explosion en retard.


Ce raisonnement terrifia le bon savant local et le supprima. Il se sentit anéanti par cette logique béante et terrible. Il éprouva une sensation d’huître avalée.

Il était matérialiste de ce matérialisme gai, qui bouffonne dans le sinistre et tâche de faire rire la cantonade avec ce que la réalité a de plus lugubre. Il y avait du mardi gras dans son athéisme. La philosophie de ce philosophe était une tête de mort avec un nez de carton.


On ne sait quelle phraséologie inepte et malpropre qu’on pourrait nommer la crasse du froc parlée, le laïque jugé au point de vue séminariste, une façon grossière et crue de parler des femmes où l’on devine la concupiscence, quelque chose qui sent le capucin et quelque chose qui sent le cuistre, l’air bête qu’a la virginité chez l’homme, la lasciveté claustrale déguisée en clameur scandalisée, le cynisme latent, ce pauvre honteux des sacristies, se faisant jour et tout heureux de dire tout haut des obscénités avec horreur, une noirceur de soutane mêlée aux commérages, voilà à quoi l’on reconnaît la calomnie-prêtre.


La fille grande, belle, l’air noble, l’œil noir et clair, ayant une robe tachée de graisse et de vin, et sur le dessus de la main une ancre et un myrte tatoués en bleu[1].


  1. Verso d’adresse timbrée : 21 avril 66. (Note de l’éditeur.)