Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome VIII.djvu/192

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
174
L'HOMME QUI RIT

Si elle se fût poignardée, ce n’eût été, comme Lucrèce, qu’après. Toutes les corruptions, à l’état visionnaire, étaient dans cette vierge. C’était une Astarté possible dans une Diane réelle. Elle était, par insolence de haute naissance, provocante et inabordable. Pourtant elle pouvait trouver divertissant de s’arranger à elle-même une chute. Elle habitait une gloire dans un nimbe avec la velléité d’en descendre, et peut-être avec la curiosité d’en tomber. Elle était un peu lourde pour son nuage. Faillir plaît. Le sans-gêne princier donne un privilège d’essai, et une personne ducale s’amuse où une bourgeoise se perdrait. Josiane était en tout, par la naissance, par la beauté, par l’ironie, par la lumière, à peu près reine. Elle avait eu un moment d’enthousiasme pour Louis de Boufflers qui cassait un fer à cheval entre ses doigts. Elle regrettait qu’Hercule fût mort. Elle vivait dans on ne sait quelle attente d’un idéal lascif et suprême.

Au moral, Josiane faisait penser au vers de l’épître aux Pisons : Desinit in piscem.

Un beau torse de femme en hydre se termine.

C’était une noble poitrine, un sein splendide harmonieusement soulevé par un cœur royal, un vivant et clair regard, une figure pure et hautaine, et, qui sait ? ayant sous l’eau, dans la transparence entrevue et trouble, un prolongement ondoyant, surnaturel, peut-être draconien et difforme. Vertu superbe achevée en vices dans la profondeur des rêves.

II

Avec cela, précieuse.

C’était la mode.

Qu’on se rappelle Élisabeth.

Élisabeth est un type qui, en Angleterre, a dominé trois siècles, le seizième, le dix-septième et le dix-huitième. Élisabeth est plus qu’une anglaise, c’est une anglicane. De là le respect profond de l’église épiscopale pour cette reine ; respect ressenti par l’église catholique, qui le mélangeait d’un peu d’excommunication. Dans la bouche de Sixte-Quint anathématisant Élisabeth, la malédiction tourne au madrigal. Un grand cervello di principeßa, dit-il. Marie Stuart, moins occupée de la question église et plus occupée de la question femme, était peu respectueuse pour sa sœur Élisabeth et lui écrivait de reine à reine et de coquette à prude : « Votre esloignement du mariage provient de ce que vous ne voulez perdre liberté de vous faire faire l’amour. » Marie Stuart jouait de l’éventail et Élisabeth de la hache. Partie inégale. Du reste toutes deux rivalisaient en littérature. Marie Stuart