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L'HOMME QUI RIT

vous vont être renouvelées, inspiré par un esprit de ténacité mauvaise et perverse, vous vous êtes enfermé dans le silence, et vous avez refusé de répondre au juge. Ce qui est un libertinage détestable, et ce qui constitue, parmi les faits punissables du cashlit, le crime et délit d’oversenesse.

Le sergent de la coiffe debout à droite du shériff interrompit et dit avec une indifférence qui avait on ne sait quoi de funèbre :

Overherneßa. Lois d’Alfred et de Godrun. Chapitre six.

Le shériff reprit :

— La loi est vénérée de tous, excepté des larrons qui infestent les bois où les biches font leurs petits.

Comme une cloche après une cloche, le sergent dit :

Qui faciunt vastum in foresta ubi damæ solent founinare.
— Celui qui refuse de répondre au magistrat, dit le shériff, est suspect de tous les vices. Il est réputé capable de tout le mal.

Le sergent intervint :

Prodigus, devorator, profusus, salax, ruffianus, ebriosus, luxuriosus, simulator, consumptor patrimonii, elluo, ambro, et gluto.
— Tous les vices, dit le shériff, supposent tous les crimes. Qui n’avoue rien confesse tout. Celui qui se tait devant les questions du juge est de fait menteur et parricide.
Mendax et parricida, fit le sergent.

Le shériff dit :

— Homme, il n’est point permis de se faire absent par le silence. Le faux contumace fait une plaie à la loi. Il ressemble à Diomède blessant une déesse. La taciturnité devant la justice est une forme de la rébellion. Lèse-justice, c’est lèse-majesté. Rien de plus haïssable et de plus téméraire. Qui se soustrait à l’interrogatoire vole la vérité. La loi y a pourvu. Pour des cas semblables, les anglais ont de tout temps joui du droit de fosse, de fourche et de chaînes.
Anglica charta, année 1088, dit le sergent.

Et, toujours avec la même gravité mécanique, le sergent ajouta :

Ferrum, et foßam, et furcas, cum aliis libertatibus.

Le shériff continua :

— C’est pourquoi, homme, puisque vous n’avez pas voulu vous départir du silence, bien que sain d’esprit et parfaitement informé de ce que vous demande la justice, puisque vous êtes diaboliquement réfractaire, vous avez dû être géhenne, et vous avez été, aux termes des statuts criminels, mis à l’épreuve du tourment dit « la peine forte et dure ». Voici ce qui vous a été fait. La loi exige que je vous en informe authentiquement. Vous avez été amené dans cette basse-fosse, vous avez été dépouillé de vos vêtements,