Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome VIII.djvu/369

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GÉMISSEMENT.

a plus de lois. Monsieur le juge, je répète que ce n’est pas moi. Je suis innocent de tout ce qu’on peut dire. Je le sais bien, moi. Je veux m’en aller. Cela n’est pas juste. Il n’y a rien entre cet homme et moi. On peut s’informer. Ma vie n’est pas une chose cachée. On est venu me prendre comme un voleur. Pourquoi est-on venu comme cela ? Cet homme-là, est-ce que je sais ce que c’est ? Je suis un garçon ambulant qui joue des farces dans les foires et les marchés. Je suis l’Homme qui Rit. Il y a assez de monde qui sont venus me voir. Nous sommes dans le Tarrinzeau-field. Voilà quinze ans que je fais mon état honnêtement. J’ai vingt-cinq ans. Je loge à l’inn Tadcaster. Je m’appelle Gwynplaine. Faites-moi la grâce de me faire mettre hors d’ici, monsieur le juge. Il ne faut pas abuser de la petitesse des malheureux. Ayez compassion d’un homme qui n’a rien fait, et qui est sans protection et sans défense. Vous avez devant vous un pauvre saltimbanque.

— J’ai devant moi, dit le shériff, lord Fermain Clancharlie, baron Clancharlie et Hunkerville, marquis de Corleone en Sicile, pair d’Angleterre.

Et se levant, et montrant son fauteuil à Gwynplaine, le shériff ajouta :

— Mylord, que votre seigneurie daigne s’asseoir.