Page:Hugo - Actes et paroles - volume 7.djvu/103

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Je verrais avec peine le congrès reconnaître une valeur quelconque à la volonté de l’héritier.

Ne prenons pas de faux points de départ.

L’auteur sait ce qu’il fait ; la société sait ce qu’elle fait ; l’héritier, non. Il est neutre et passif.

Examinons d’abord les droits contradictoires de ces deux unités : l’auteur qui crée le livre, la société qui accepte ou refuse cette création.

L’auteur a évidemment un droit absolu sur son œuvre, ce droit est complet. Il va très loin, car il va jusqu’à la destruction. Mais entendons-nous bien sur cette destruction.

Avant la publication, l’auteur a un droit incontestable et illimité. Supposez un homme comme Dante, Molière, Shakespeare. Supposez-le au moment où il vient de terminer une grande œuvre. Son manuscrit est là, devant lui, supposez qu’il ait la fantaisie de le jeter au feu, personne ne peut l’en empêcher. Shakespeare peut détruire Hamlet ; Molière, Tartuffe ; Dante, l’ Enfer.

Mais dès que l’œuvre est publiée l’auteur n’en est plus le maître. C’est alors l’autre personnage qui s’en empare, appelez-le du nom que vous voudrez : esprit humain, domaine public, société. C’est ce personnage-là qui dit : Je suis là, je prends cette œuvre, j’en fais ce que je crois devoir en faire, moi esprit humain ; je la possède, elle est à moi désormais. Et, que mon honorable ami M. de Molinari me permette de le lui dire, l’œuvre n’appartient plus à l’auteur lui-même. Il n’en peut désormais rien retrancher ; ou bien, à sa mort tout reparaît. Sa volonté n’y peut rien. Voltaire du fond de son tombeau voudrait supprimer la Pucelle ; M. Dupanloup la publierait.

L’homme qui vous parle en ce moment a commencé par être catholique et monarchiste. Il a subi les conséquences d’une éducation aristocratique et cléricale. L’a-t-on vu refuser l’autorisation de rééditer des œuvres de sa presque enfance ? Non. ( Bravo ! bravo !)