Page:Hugo - La Fin de Satan, 1886.djvu/22

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Le souffle qui sortit alors de sa poitrine
Est aujourd’hui sur terre et s’appelle ouragan.


A ce souffle, un grand bruit troubla l’ombre, océan
Qu’aucun être n’habite et qu’aucuns feux n’éclairent,
Les monts qui se trouvaient près de là s’envolèrent,
Le chaos monstrueux plein d’effroi se leva
Et se mit à hurler : Jéhovah ! Jéhovah !
L’infini s’entr’ouvrit, fendu comme une toile;
Mais rien ne remua dans la lugubre étoile.
Et le damné, criant : — Ne t’éteins pas ! j’irai !
J’arriverai ! — reprit son vol désespéré.
Et les glaciers mêlés aux nuits qui leur ressemblent
Se renversaient ainsi que des bêtes qui tremblent,
Et les noirs tourbillons et les gouffres hideux
Se courbaient éperdus, pendant qu’au-dessus d’eux,
Volant vers l’astre ainsi qu’une flèche à la cible,
Passait, fauve et hagard, ce suppliant terrible.

Et depuis qu’il a vu ce passage effrayant,
L’âpre abîme, effaré comme un homme fuyant,
Garde à jamais un air d’horreur et de démence,
Tant ce fut monstrueux de voir, dans l’ombre immense,
Voler, ouvrant son aile affreuse loin du ciel,
Cette chauve-souris du cachot éternel !