Page:Hugo - La Fin de Satan, 1886.djvu/64

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nis,
La rose de parfums et l’espace de mondes,
Me fait manger vivant par des bêtes immondes !
Je suis le souffle peste et le toucher poison ;
Je suis dans une plaie un esprit en prison,
Ame qui pleure au fond d’une fange qui saigne,
Je suis ce que le pied foule, écrase et dédaigne,
L’ordure, le rebut, le crapaud du chemin,
Le crachat de la vie au front du genre humain.
Je me tords, enviant la beauté des chenilles.
Mon reflet rend la source horrible ; mes guenilles
Montrent ma chair, ma chair montre mes os ; je suis
L’abjection du jour, l’infection des nuits.
Ainsi qu’un fruit pourri, la vie est dans ma bouche.
J’ai beau me retourner sur la cendre où je couche,
Je ressemble au remords qui ne peut pas dormir.
Quand je sors, ma maison a l’air de me vomir ;
Quand je rentre, je sens me résister ma porte.
Seigneur ! Seigneur ! je suis importun au cloporte,
Le chien me fuit, l’oiseau craint mon front qui pâlit,
Et le porc monstrueux regarde mal mon lit.
Sous le ciel profond et bleu, mon âme est seule.
Ma bouche n’ose pas même baiser la gueule.
L’antre en me voyant gronde et devient soucieux.
Chaque jour rayonnant qui passe sous les cieux
Est un bourreau qui vient me traîner dans la claie.
Le tesson du bourbier, dont j’ai raclé ma plaie,
Va s’en plaindre à la fange et dit : il m’a sali.
Tout est votre pensée et je suis votre oubli,
Seigneur ; le mal me tient sous sa griffe cruelle.
Des enfants en riant m’ont cassé mon écuelle ;