Page:Hugo - Les Misérables Tome V (1890).djvu/22

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semble à la sagesse des lâches ; elle éclaire mal, parce qu’elle tremble.

L’aube éveille les esprits comme les oiseaux ; tous causaient.

Joly, voyant un chat rôder sur une gouttière, en extrayait la philosophie.

— Qu’est-ce que le chat ? s’écriait-il. C’est un correctif. Le bon Dieu, ayant fait la souris, a dit : Tiens ! j’ai fait une bêtise. Et il a fait le chat. Le chat c’est l’erratum de la souris. La souris, plus le chat, c’est l’épreuve revue et corrigée de la création.

Combeferre, entouré d’étudiants et d’ouvriers, parlait des morts, de Jean Prouvaire, de Bahorel, de Mabeuf et même du Cabuc, et de la tristesse sévère d’Enjolras. Il disait :

— Harmodius et Aristogiton, Brutus, Chéréas, Stephanus, Cromwell, Charlotte Corday, Sand, tous ont eu, après le coup, leur moment d’angoisse. Notre cœur est si frémissant et la vie humaine est un tel mystère que, même dans un meurtre civique, même dans un meurtre libérateur, s’il y en a, le remords d’avoir frappé un homme dépasse la joie d’avoir servi le genre humain.

Et, ce sont là les méandres de la parole échangée, une minute après, par une transition venue des vers de Jean Prouvaire, Combeferre comparait entre eux les traducteurs des Géorgiques, Raux à Cournand, Cournand à Delille, indiquant les quelques passages traduits par Malfilâtre, particulièrement les prodiges de la mort de César ; et par ce mot, César, la causerie revenait à Brutus.

— César, dit Combeferre, est tombé justement. Cicéron